
CHILI · ARGENTINE · TERRITOIRES VIVANTS
PEUPLE
YAGAN
Les canaux gardent les chemins.
Les familles font vivre la mémoire.
Photographie : Mat Austro · CC BY 4.0
LA PATAGONIE EN PROFONDEUR
La mer comme territoire
L’eau peut séparer deux rives. Elle peut aussi relier une maison à une autre, conduire vers la nourriture et garder le nom d’une famille. À l’extrême sud de l’Amérique du Sud, comprendre le territoire yagan exige de voir les canaux dans cette continuité : la mer a été chemin, subsistance et espace de connaissance.
Le peuple yagan est historiquement lié au canal Beagle et aux archipels au sud de la Terre de Feu. Ses communautés actuelles, ses récits et ses démarches de revitalisation font partie du Chili et de l’Argentine. La navigation ancestrale appartient à cette histoire ; les personnes qui la transmettent appartiennent au présent.
Ce parcours relie paysage, technologie, langue et mémoire. Les témoignages des musées et des archives sont lus à la lumière des initiatives contemporaines, en reconnaissant qu’une culture possède ses propres voix et qu’aucune collection ne peut la contenir entièrement.
Sources : Service des peuples autochtones · Langue yagan · Musée Yagan Usi · Nouvelle muséographie, 2024
01 — GÉOGRAPHIE HABITÉE
Un chemin
entre les îles
Les côtes du territoire yagan se répartissent entre îles, baies et passages marins. Depuis la terre, elles peuvent paraître isolées. La navigation change la perspective : elle permet de les parcourir comme un réseau de lieux reliés, où l’on reconnaît des abris, des ressources et des conditions pour poursuivre le voyage.
L’archéologie documente une longue présence de groupes de navigateurs dans cet espace. Les vestiges de Navarino et des côtes du Beagle comprennent des occupations de plusieurs millénaires. Ces traces révèlent une profondeur temporelle ; attribuer un nom ethnique contemporain à chaque occupation ancienne exige une analyse précise.
Les frontières nationales actuelles traversent une histoire territoriale antérieure. Nommer le Chili et l’Argentine permet de situer administrations et communautés, tandis que la lecture du territoire maritime retrouve des relations qu’une ligne sur la carte n’explique pas à elle seule.
Sources : Musée Yagan Usi · Habitants ancestraux du cap Horn
02 — NAVIGATION
Le canoë
rend le voyage possible
Les canoës d’écorce transportaient familles, outils et nourriture. L’embarcation réunissait des connaissances sur les matériaux, la construction et la conduite sur l’eau. Sa taille et sa forme devaient répondre aux conditions de l’archipel et aux besoins des personnes à bord.
Les modèles et documents conservés au musée montrent l’organisation de l’espace à bord, notamment un emplacement pour entretenir le feu sur une base protectrice. Ils documentent aussi le travail des femmes à la pagaie et la transmission des pratiques de navigation. Chaque description doit être située dans son époque et dans le type d’embarcation représenté.
Au début du XXe siècle apparaissent des pirogues taillées dans des troncs évidés. La continuité culturelle comprend ces transformations techniques : connaître une tradition, c’est prêter attention à ses changements, à ses auteurs et aux conditions qui les ont rendus possibles.
Sources : Musée Yagan Usi · Habitants ancestraux du cap Horn · Musée Yagan Usi · Restitution de la collection Gusinde, 2019
03 — TECHNOLOGIE MARITIME
L’os
devient outil
La chasse aux mammifères marins exigeait des instruments spécialisés. Les harpons en os et leurs pointes révèlent un travail associant forme de la proie, matériaux disponibles et pratique de la chasse depuis l’eau. Les étudier permet d’approcher des choix techniques concrets.
Les collections fuégiennes réunissent des pièces archéologiques et ethnographiques, dont des harpons à tête détachable et des pointes fixes. Comparer les exemplaires aide à reconnaître variations et changements historiques, même si un objet isolé ne révèle pas tout le processus de fabrication et d’usage.
Le musée documente également le travail de Martín González Calderón pour retrouver ces technologies par l’artisanat. Expérimenter matériaux et modèles anciens a ouvert une voie de transmission depuis la communauté, en reliant recherche, pratique et mémoire familiale.
Sources : Musée Yagan Usi · Harpons fuégiens
04 — FIBRES ET MAINS
Tresser, c’est aussi
connaître le sol
La vannerie yagan part d’une relation précise avec les plantes. Le jonc doit être identifié, récolté et préparé avant de devenir fibre à tresser. Son épaisseur, sa souplesse et sa résistance interviennent dans la forme finale des paniers et des autres pièces.
Le procédé documenté par le musée comprend une préparation à la chaleur, la torsion et le tressage. Une alêne aide à ouvrir un passage pour la fibre. Cette succession réunit des savoir-faire appris auprès d’autres personnes : la pièce achevée conserve des choix de sélection, de tension et de dessin.
Les recherches de Gloria Ochoa Sotomayor et Francisca Marticorena Galleguillos envisagent cette pratique comme un lien vivant entre familles, communauté et nature. Reconnaître les vannières et leur création permet de comprendre la vannerie comme travail, transmission et expression culturelle contemporaine.
Sources : Musée Yagan Usi · Technique de vannerie · Ochoa et Marticorena · Lazos de resistencia, 2022

Photographie : Mat Austro · CC BY 4.0
05 — PAROLE
Une langue
circule à nouveau
Le yagan, également appelé yagankuta dans les matériaux de revitalisation, possède une histoire linguistique propre. La Sous-direction nationale des peuples autochtones relève plusieurs variétés historiques et indique que sa parenté linguistique n’est pas clairement établie.
Les démarches actuelles comprennent ateliers, éducation interculturelle et publications. Le petit dictionnaire Yágankuta relie le travail de Cristina Zárraga Riquelme au savoir transmis par Cristina Calderón Harban. Ces initiatives réunissent les générations et permettent de réentendre et d’étudier les mots dans leur contexte.
L’écriture fait l’objet de propositions et de révisions ; aucun système graphique ne fait consensus dans toutes les communautés. Il importe donc de conserver l’auteur et la provenance des matériaux, sans transformer une graphie trouvée dans une source en équivalence universelle. La revitalisation repose sur le travail de personnes précises.
06 — TRANSFORMATIONS
Le contact
a transformé le territoire
L’arrivée d’expéditions, de missions et de nouveaux établissements a transformé les relations de l’archipel. Les maladies introduites, la pression sur les espaces de navigation et l’assimilation forcée ont gravement affecté le peuple yagan. L’histoire du contact doit prendre en compte ces conséquences et les réponses des habitants.
Les documents européens apportent des informations, mais reflètent aussi les hiérarchies et les catégories de leur temps. Des mots comme primitif ou disparition peuvent masquer savoirs, décisions et continuités. Consulter des archives exige de distinguer l’observation, l’interprétation de l’observateur et les voix absentes du document.
Les familles et communautés actuelles changent cette lecture. Leurs mémoires permettent de reconnaître des personnes derrière les photographies et les objets, et de contester les récits qui réduisent une histoire à la perte. Violence historique et continuité du peuple doivent être tenues ensemble dans le récit.
Sources : Bibliothèque nationale du Chili · Yámanas, archives historiques · Musée Yagan Usi · Restitution de la collection Gusinde, 2019
07 — PATRIMOINE ET RETOUR
Les objets
retrouvent leurs liens
Une partie des collections réunies par Martin Gusinde a circulé entre des institutions de Santiago avant de revenir dans l’extrême Sud. Depuis 2019, le musée et la Communauté autochtone Yaghan de Bahía Mejillones ont participé à des restitutions de biens patrimoniaux.
Un retour permet de relier à nouveau objets, photographies et histoires familiales sur leur territoire. Les démarches comprennent recherche partagée, identification des ancêtres et étude de la provenance des pièces. Les remises documentées sont des étapes, pas la preuve que toutes les collections ont été restituées.
Une troisième restitution a eu lieu en 2021. La participation communautaire pose une question centrale : qui peut raconter l’histoire des objets et comment s’accorde-t-on sur leur soin ? Le patrimoine prend sens dans ces relations, au-delà de sa valeur matérielle.
Sources : Musée Yagan Usi · Restitution de la collection Gusinde, 2019 · Serpat · Troisième restitution de biens au peuple yagan, 2021
08 — COMMUNAUTÉS
Le peuple
appartient au présent
La présence contemporaine du peuple yagan s’exprime dans des organisations, des familles, des métiers et des projets culturels. En Argentine, l’INAI a annoncé en 2021 l’enregistrement de la personnalité juridique de la communauté Yagan Paiakola d’Ushuaia. Cet acte documente la reconnaissance institutionnelle d’une communauté vivante.
À Puerto Williams, le musée territorial Yagan Usi – Martín González Calderón, rénové et inauguré en 2024, a intégré une lecture territoriale construite par le dialogue avec la communauté. Son nom rend hommage à une figure de la navigation en canoë et à un collaborateur du musée.
L’exposition relie histoire ancestrale, colonisation et continuité culturelle. La visiter peut enrichir la compréhension du paysage et ouvrir des questions sur la mémoire et la transmission. Pour découvrir les initiatives communautaires, il convient de consulter leurs canaux publics et de respecter les conditions convenues par leurs participants.
Sources : INAI · Communauté Yagan Paiakola, 2021 · Musée Yagan Usi · Nouvelle muséographie, 2024
TERRITOIRES VIVANTS
L’eau nous porte.
La mémoire nous guide.
Lire le territoire yagan, c’est reconnaître une géographie de liens. Un canoë, un panier et un mot réunissent matériaux, savoirs et personnes. L’horizon austral gagne en profondeur quand ces connaissances retrouvent leurs auteurs et que le présent prend sa place dans l’histoire.
QUESTIONS ESSENTIELLES
Pour continuer
à comprendre
Le peuple yagan existe-t-il aujourd’hui ?
Oui. Ses communautés et ses démarches culturelles contemporaines sont documentées au Chili et en Argentine. Sa présence ne se réduit pas aux collections historiques.
Yagans et Kawésqar sont-ils le même peuple ?
Ce sont des peuples distincts, avec leurs propres langues et histoires. Tous deux ont développé des modes de vie liés au canoë dans différents espaces du territoire austral.
Où découvrir leur histoire et leur présent ?
Le musée territorial Yagan Usi – Martín González Calderón, à Puerto Williams, propose une exposition à perspective territoriale et avec participation communautaire.
La langue yagan possède-t-elle une seule écriture ?
Les matériaux de revitalisation emploient des propositions d’écriture dont il faut reconnaître les auteurs. La source institutionnelle consultée indique qu’aucun système graphique ne fait consensus.